Le Vietnam change vite et brutalement. Le pays n’a jamais connu ce niveau de croissance, Hanoï, la capitale, se densifie et les sols s’artificialisent. Sa jeunesse via Tiktok est imbibée de culture pop sud-coréenne et de luxe français. La nouvelle classe moyenne veut rouler en SUV et croit au dogme de la concurrence. Mais certaines traditions résistent encore au changement…
Comme ailleurs, la norme familiale et sociale est un socle difficile à déplacer. Au Vietnam l’homme demeure soumis à l’injonction d’occuper le rôle de chef de famille. Il doit se marier, parfois dans une alliance arrangée et, surtout, ne pas divorcer, avoir des enfants sous peine de déclassement. Car il n’est pas seulement responsable de ses enfants, il l’est aussi de ses parents et de ses grands-parents, qui touchent de petites pensions, les empêchant d’être autonomes. Il est difficile ainsi de trouver de l’intimité et de se projeter dans de nouvelles mœurs quand il faut cohabiter avec plusieurs générations. D’autres hommes font face à la solitude quand leur famille est partie à l’étranger.
Dans de telles conditions, comment vivre avec l’échec ou le secret ? Où fréquenter « les infréquentables » à l’écart des jugements ?
Sur une île fragile et inondable au milieu de la ville, entourée d’un fleuve aux eaux sableuses et suaves, des hommes lavent leurs péchés et adoucissent leur quotidien. Elle rappelle à certains la vie simple et paisible de leur enfance à la campagne.
A la nuit tombée, je retrouve, à l’abri des bananiers et des cabanes éphémères, ces hommes rêveurs. Ils exorcisent leur chagrin en chantant la très mélancolique V-pop dans un karaoké. Ils s’extirpent du temps en fumant le psychotrope traditionnel thuốc lào, rêvant d’un monde meilleur autour d’un feu réchauffant les dos endoloris et les cœurs brisés.
Et moi, dans tout ça… Une anomalie de plus dans cet éden aux masculinités complexes et diverses.